vendredi 12 décembre 2014

"La Bataille des Cinq Armées" : l'avis à chaud de Nicolas

Il est évident qu’avec ce chapitre final, qui allait mettre un terme à trois climax d’une dimension considérable mais qui se devait également de relier la trilogie du « Hobbit » et du « Seigneur des Anneaux », nous étions en droit de nous attendre à une conclusion en apothéose, un véritable feu d’artifice où viendrait s’entremêler actes héroïques, passages émouvants et bataille d’une ampleur sans précédent. Le danger d’en attendre trop peut alors vite vous faire redescendre sur terre. J’ai donc tenté d’aller voir ce film sans espérer voir un chef d’œuvre. D’autant plus après les premiers échos qui m’étaient parvenus. Partant de cet état d’esprit, le visionnage de « La Bataille des Cinq Armées », dont les 2H20 passent à une vitesse folle, m’a agréablement surpris. Le meilleur de la trilogie selon moi. Un film excellent, que j’aurais même pu qualifié de « magnifique » ou de « somptueux » s'il n'y avait pas eu quelques oublis scénaristiques d’une importance cruciale, si la VF n’était pas aussi indigeste, si des questions n’étaient pas laissées en suspens et si certains moments « what the fuck » avaient été supprimés. Ça fait beaucoup me direz-vous. Mais quand on est fan, on s’attache au moindre détail et l’on se construit le film parfait dans sa tête. Or, les films parfaits sont très rares.



Si malgré de nombreuses réserves, j’ai pu tant apprécier le film – ce qui peut paraître paradoxal – c’est parce que là où j’attendais Peter Jackson au tournant sur les scènes les plus déterminantes à mes yeux, il a su répondre répondre. Voici les points forts et les points faibles de cet ultime volet, humble avis d’un fan lambda. Il se peut donc que certains s’arrachent les cheveux en voyant les choses qui vont suivre :p Commençons par les points faibles, avant d’enchainer sur les +/- puis de terminer sur une note positive. La critique comporte énormément de spoils, arrêtez-vous ici si vous n'avez pas encore vu le film !

Les moins :

L'absence de scènes majeures


C'est tout surpris que j'ai réalisé que Peter Jackson avait décidé de faire passer à la trappe des scènes que j'attendais énormément. Pas de funérailles pour Fili, Kili et Thorin, que l'on a suivi durant tout ce périple et auxquels nous étions censés nous attacher. Autant nous avons pu dire adieu à Thorin par l'intermédiaire de Bilbon et dans une moindre mesure à Kili, via le personnage de Tauriel. Mais que dire de Fili... Le pauvre connait une mort atroce et personne ne vient s'apitoyer sur son corps. J'aurais aimé plus de réactions en gros plans de la compagnie des Nains face à tant de souffrances. Surtout en ce qui concerne la mort de Thorin. Mais Jackson se contente d'un simple plan large où l'on aperçoit la compagnie de dos en train de s'agenouiller. Aucun plan rapproché sur les visages pour mesurer la tragédie que vienne de connaître les Nains. J'aurais aimé voir Balin dont le personnage est bienveillant et attachant, ainsi que Dwalin qui avait connu une querelle avec son roi quelques heures auparavant, tous deux proches de Thorin. Mais rien, rien n'apparut à l'écran. Dans le même temps, le couronnement de Dain était zappé. Le spectateur néophyte doit probablement se demander qui devient le roi ...


Des questions sans réponse

Comme beaucoup, je suis interloqué par le fait que certaines intrigues restent sans suite. Que devienent Bard et sa famille, les pierres de Lasgalen, Tauriel, Radagast, Beorn ? Qu'en est-il de Sauron et Sarouman ? Si les multiples fins du "Seigneur des Anneaux" ont pu agacé, celle-ci a été baclée. Peter Jackson n'a pas réussi à trouver le juste milieu. Bien sûr, la version longue viendra corriger de nombreuses incohérences et répondra à nos interrogations. En revanche, je ne trouve pas normal de sortir de la salle de cinéma et de se dire qu'il faut attendre la version longue pour voir un film totalement abouti. D'ailleurs, certains ne verront peut-être jamais cette version longue; il faut aussi penser à eux. La version cinéma doit contenir tous les éléments clés du film. Quant à la version longue, elle ne devrait être qu'un bonus venant enrichir certains points, sans pour autant bousculer l'histoire.





Un épilogue attendu

La dernière scène est un beau clin d’œil. Mais elle était trop attendue. Et cette fin ne laisse pas sous-entendre que d'autres événements arriveront derrière. Consacrer quelques secondes à Sauron aurait été judicieux pour une transition parfaite avec "Le Seigneur des Anneaux".


La version française

Une véritable catastrophe. Encore des incohérences de prononciation. Dans "Un Voyage Inattendu", on parle de [Daïn]. Cette fois, on est revenu à [Dahin]. Le même problème était survenu pour Gloin. A croire que la direction artistique en charge du doublage ne regarde même pas son propre travail... En parlant de Dain, sa voix aiguë de dessin animé m'a donné envie d'exploser de rire, ce qui m'a fait légèrement sortir du film. 

Les plus / moins :



Legolas


Le personnage de Legolas ne m'a pas gêné sur l'ensemble de la trilogie. Bien au contraire. Son évolution psychologique sur l'ensemble des 6 films (ou plutôt des 5 puisqu'il n'apparaît pas dans "Un Voyage Inattendu") est très intéressante. On en sait plus sur les motivations qui l'ont poussées à rejoindre la communauté de l'anneau. Mais la façon dont Peter Jackson le met en avant est parfois difficilement supportable. Je pensais avoir vu le pire dans "La Désolation de Smaug" lorsqu'il marchait sur la tête des Nains, mais il n'en était rien. Se servir d'une chauve souris comme d'un taxi et remonter des marches en train de s'écrouler, ça va vraiment trop loin.



Alfrid

J'aurais vraiment tendance à le placer dans les points positifs. Ryan Gage, qui l'interprète, est tout simplement parfait. Une belle surprise. Son personnage fourbe, malsain, est un régal. Mais à mon goût, il a pris trop de place à l'écran pour ce dernier épisode. Il a fait office de fil rouge tout au long du film. Souvent pour faire rire. Je ne comprends pas pourquoi avoir privilégié ce personnage au détriment de scènes prépondérantes.

Les plus :


Des scènes poignantes

Si les morts des personnages étaient ratés, le film l'aurait sûrement été également. Ce qui est pour moi loin d'être le cas ! En dehors de l'absence de scènes montrant nos personnages pleurer sur les corps de leurs amis, je trouve que la mise en scène des morts est plutôt bien amenée. J'ai bien aimé l'idée de Fili et Kili partant en éclaireur dans la brume de Ravenhill, se faisant piéger par Azog. La mort de Fili est cruelle et donc surprenante. Celle de Kili est pour moi très bien jouée. Mention spéciale pour Evangeline Lilly, criante de vérité. Les combats impliquant Azog et Bolg face à nos protagonistes sont bien chorégraphiés. Je craignais qu'ils soient surréalistes, vu la différence de carrure entre les personnages, mais tout cela demeure bien agencé. J'ai bien conscience que certains n'ont pas apprécié le fait qu'Azog commence à se noyer sous la glace. Mais Peter Jackson a eu au moins le mérite de nous surprendre et d'offrir un combat peu ordinaire. La façon dont Thorin retire son épée face à Azog pour se faire transpercer me laisse penser qu'il savait pertinemment qu'il devait mourir pour tuer son ennemi juré. Une idée que je juge très pertinente !

Une bataille bien gérée sur tous les fronts

La bataille est une réussite. Peut-être pas aussi prenante que celle du Champ des Pelennor, car elle s'avère bien différente. Mais Peter Jackson s'est fait plaisir pour cette dernière. La diversité des espèces est incroyable et ne m'a pas embêté. A chaque apparition, on prend une nouvelle claque visuelle. La façon dont il est passé d'un front à un autre grâce à la caméra traversant tout le champ de bataille est saisissante.




L'attaque de Lacville captivante

Même si elle ne dure pas très longtemps (en même temps, voir une ville être réduite à néant pendant 20 minutes aurait vite était redondant), l'assaut de Lacville par Smaug est une belle prouesse. La détresse des habitants, totalement affolés et désemparés, est remarquablement mise en scène. La mort du dragon, malgré quelques cris étranges, ne m'a pas dérangé. J'ai bien aimé le fait que la lumière qui jaillissaient de ses yeux et de son poitrail s'éteignent de manière nette. Ayant eu la chance de voir le film en Laser Ultra 3D HFR, ce qui implique la présence de 64 enceintes un peu partout dans la salle, la voix de Smaug (même en français) avait de quoi vous faire dresser les poils. Nous avions l'impression qu'il était devant nous !

Des personnages du "Seigneur des Anneaux" sous un nouveau jour

Lors des trois opus du "Seigneur des Anneaux", Elrond et Saruman n'avaient pas réellement livré de combat. L'arc de Dol Goldur a permis de redécouvrir ces personnages que l'on connait si bien sous un autre aspect. Les scènes de combat sont une nouvelle fois bien orchestrées et l'on découvre toute l'habilité d'Elrond à l'épée et de Saruman par le biais de la magie. Rappelons que Christopher Lee, qui campe la magicien, a 92 ans. Peter Jackson et ses équipes s'en sont parfaitement sortis pour que l'illusion à l'écran passe comme une lettre à la poste, par l'intermédiaire d'une doublure et probablement grâce au procédé de morphing, qui consiste à remplacer le visage du cascadeur par celui de l'acteur. Mais le plus moment le plus impressionnant fut celui de Galadriel affrontant Sauron, qui nous laisse imaginer le potentiel de sa puissance, jamais aperçu jusqu'ici. Une jolie référence au "Seigneur des Anneaux" lors de la scène du miroir de Galadriel.



Les préparatifs de la bataille

J'ai trouvé les préparatifs de la bataille des cinq armées bien amenés. La négociation entre Thorin et Bard, l'entêtement de Thranduil - qui n'a aucun remord lorsqu’il s'apprête à attaquer les Nains -, Gandalf tentant de résonner ce dernier. Puis finalement Bilbon se décidant à livrer l'Arkenstone. Toutes ces scènes ont contribué à augmenter la tension et à donner plus de relief à la bataille.


La relation Tauriel et Kili n'est pas allée trop loin

Nous étions nombreux à craindre que l'idylle qui commençait à pointer le bout de son nez dans "La Désolation de Smaug" n'aille trop loin. Et l'équipe scénaristique a relativement bien négocié cet aspect de l'histoire. Elle a permis à rendre la mort de Kili plus dramatique. A ce titre, le personnage de Tauriel est une véritable révélation à mes yeux. Nous partions tous avec un à priori sur elle. Mais cette touche féminine est la bienvenue. Elle vient s'opposer à son roi (la retrouvaille entres les deux à la fin n'en est que plus intéressante) et est responsable du changement de caractère de Legolas. Bref, ses actions auront bouleversé la narration. Et elle est magnifiquement bien interprétée !


Les personnages de Thorin et Bilbon brillants

Ce n'est pas une surprise. C'était déjà le cas sur les deux premiers volets. Mais cette fois, cela va encore plus loin. Richard Armitage et Martin Freeman sont deux énormes surprises. Plus globalement, on peut même dire que le casting est plus que réussi. La confrontation entre nos deux personnages est sublime. La manière dont Thorin tombe peu à peu dans la folie est subtilement interprété. Avec de belles trouvailles scénaristiques (notamment la voix de Thorin qui fait écho à celle de Smaug). Sa rédemption à la fin du film n'en est que plus belle. Et l'échange avec Bilbon est à cet égard très poignant. A ce propos, ce dernier est très bien utilisé lors de la bataille. Il se bat un petit peu mais s'illustre surtout par son courage et sa bravoure.



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Voilà, aller le voir une deuxième fois, en VOSTFR cette fois, me permettra indéniablement d'affiner mon jugement et de m'attarder sur les détails qui m'ont échappé. Cela me servira également à vivre plus intensément les scènes d'émotion, la VF mettant à mal une grande partie de la performance des acteurs. Pour résumer : une conclusion épique et touchante pour cette saga, qui souffre tout de même de quelques manques, que viendra probablement corriger la version longue.